La tyrannie du PIB

La tyrannie du PIB

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Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, a annoncé cette semaine la fin de la récession, déclaration reprise en chœur par toute la presse. Une reprise de 3,0% à un rythme annualisé pour l’automne. Sonnez trompettes et tambours, l’économie se porte mieux! Ce qu’on en retient, c’est que non seulement la croissance est souhaitable, mais que c’est là notre plus grande espérance. Est-ce vraiment une bonne nouvelle?

Les milliers d’emplois perdus ne reviendront pas avant longtemps. Le taux de chômage risque d’augmenter au cours des 6 prochains mois, et nous perdons chaque année de notre pouvoir d’achat. Depuis les années 80, les Québécois ont vu leurs salaires en dollar constant se réduire de 5,5%.

Avec les sommes colossales d’argents neufs pompées dans l’économie, une inflation importante est à prévoir pour la prochaine décennie. De plus, le maigre gain fait au Canada sur le revenu familial provient de l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail. Bref, il faut maintenant être deux à travailler pour joindre les deux bouts. La crise que nous vivons pose une question fondamentale: voulons-nous revenir à cette situation de croissance à tout prix? Et surtout, peut-on se le permettre?

La tyrannie du PIB

Le produit intérieur brut (PIB), est la valeur simple de tous les biens et services produits dans une année à l’intérieur des frontières du Canada, selon leur valeur marchande. Il s’agit de la mesure type de la taille globale de l’économie. Et c’est là le problème. Plus on consomme, en quantité – voitures, écrans plasma, téléphones cellulaires, ordinateurs neufs aux 3 ans – plus l’économie se porte bien. Plus les spéculations sur les marchés financiers vont bon trains, plus on affirme qu’il y a eu création de richesse.  Et l’anecdote la plus connue: si vous avez un accident de voiture, vous contribuez à faire augmenter le PIB. Bravo! Bref, gros PIB, tout le monde il est content! Mais rien n’est moins vrai.

D’abord, ce que le PIB mesure est très abstrait et a peu de lien direct avec la qualité de vie des gens. Ensuite, il ne tient pas compte de l’impact environnemental de la consommation. Avec une forte augmentation anticipée de la population mondiale – 9 milliards en 2042 – une croissance de plus 2% par année serait une catastrophe.

Nous avons atteint la capacité de production industrielle qui nous permet de faire un choix: croissance à tout crin ou qualité de vie. À nous de faire ces choix, et de laissez tomber le PIB comme étalon de notre bonheur collectif.

Inégalités sociales et qualité de vie

Plusieurs pays dotés de très gros PIB (pensons aux États-Unis) perdent leur auréole lorsque vient le temps de considérer les indicateurs humains: mortalités infantiles, chômage, analphabétisme, criminalité, taux d’emprisonnement, etc.

Les recherches sur les inégalités sociales, dont le livre The Spirit Level: Why Equal Societies Almost Always Do Better de Richard Wilkinson, démontrent que les problèmes de santé et les problèmes sociaux (criminalité, grande pauvreté) augmentent avec l’inégalité relative des revenus des différentes couches de la société. Ce facteur – l’écart relatif des revenus – devrait être pris en compte dans un nouvel indicateur.

Pour un nouvel indicateur et une limitation de la croissance

L’idée ne date pas d’hier. En 1972, le rapport Meadows, Halte à la croissance! Rapport sur les limites de la croissance, commandé par le MIT et le club de Rome, recommandait la croissance zéro. L’auteur du rapport, Robert Meadows a d’ailleurs remporté le Japan Prize… en 2009.

Ni aurait-il pas moyen de bonifier l’indice de développement humain, afin de l’amener à prendre en considération davantage de facteurs économiques. Les médias pourraient ainsi avoir un nouvel indicateur à se mettre sous la dent et délaisser cet indicateur pour le moins limité qu’est le PIB.

Parce qu’au fond, récession ou pas récession, est-ce là la question?

Pour en savoir plus:

Le collectif FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse)

Is an unequal society bad for your health?, Thinking Allowed, BBC radio 4

The Spirit Level, why more equal societies almost always do better

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